Escapade Marocaine (1/4)

Publié par Céline Paeye- Mil'N

  Jour 1: Arrivée à Marrakech.

 

Soleil, et chaleur sont bien au rendez-vous. Différence de températue: +20°!
Pas de doute, on était bien à "Arnakech" (comme dirait notre guide de montagne Mohamed, dont nous allions faire la connaissance quelques jours plus tard.)
A peine le pied posé sur le sol de la ville, sur la place la plus éloignée de l'aéroport (bien sûr), deux Marocains s'empressent (voire nous sautent dessus) avec leur petit chariot pour porter nos sacs à dos. Désireux de découvrir la Médina à notre allure, nous refusons leur "service".
Nous n'avons pas très bien compris ce qu'ils ont maugréé, mais ça devait être proche des injures.
Notre Riad (=maison d'hôte) se trouvait au bord des souks. Tout était différent: les bruits, les odeurs, les gens. Nos sacs à dos et nos chaussures de marche, notre teint pâle, nous ont valu d'être accostés tous les cinq mètres (voire moins): "Vous avez réservé un hôtel?", "vous voulez qu'on vous porte vos sacs?", "ici c'est le meilleur restaurant de la Médina", "hey, la Gazelle, tu veux de l'aide?" - et j'en passe.
C'est avec soulagement que nous sommes enfin parvenus au Riad Jnane Mogador, une grande maison avec six ou sept chambres, tel un îlot de calme au milieu d'une tempête humaine.

A cause d'une fuite d'eau dans la salle de bain, nous avons eu droit à la "grande suite" pour quatre personnes. La terrasse, sur le toit, permettait aux résidents de respirer, et de déguster des plats typiques faits maison. J'ai fait connaissance avec la tagine au poulet, agrémenté d'olives, de citron et de légumes. J'ai été agréablement surprise.
Ce soir là, j'ai entendu pour la première fois les mosquées se lancer dans leur canon pour l'appel à la prière - "Allaaah Akbar! Allaaah Akbar!". Cela ressemblait d'ailleurs plutôt à un concours - quel minaret allait attirer le plus de fidèles? L'agitation urbaine allait-elle se calmer? Quelle était réellement leur emprise sur les commerçants de tout genre, à l'affût du moindre dirham - mais tu peux payer en euros tu sais, ya pas de souci...

Premières impressions d'une terre de contrastes...

Premier soir au Riad Jnane MogadorPremier soir au Riad Jnane Mogador
Premier soir au Riad Jnane MogadorPremier soir au Riad Jnane MogadorPremier soir au Riad Jnane Mogador

Premier soir au Riad Jnane Mogador

Jour 2: De Marrakech à Aït Ben Haddou (vers l'est)

 

Après un petit déjeuner tranquille au soleil sur la terrasse (thé à la menthe, petites crêpes, jus d'orange, pain et confiture), avec vue sur les toits plats et, un peu plus loin, sur le minaret, nous avons loué une voiture.
Nico était au volant.
Bien sûr, nous avons rencontré la police locale.
Bien sûr, Nico a brûlé le stop.
Bien sûr, l'amande est de 700 Dirhams.
Bon. 100 Dirhams dans le permis de conduire, ça devrait suffire, non? C'est même pas trop mal moi je trouve.
ça a suffit. L'un des agents est arrivé vers nous, et nous a indiqué la route de Ouarzazate comme si de rien n'était.

la prochaine fois, je dissimulerai mes boucles blondes...

Sur la route vers OuarzazateSur la route vers Ouarzazate
Sur la route vers OuarzazateSur la route vers Ouarzazate

Sur la route vers Ouarzazate

L'unique route qui s'éloigne de Marrakech pour gagner Ouarzazate emmène les automobilistes de plus en plus haut, vers des terres de plus en plus arides. Avant de passer le col du Tichka, un ruisseau serpente entre les montagnes et apporte un peu de verdure, qui semble posée là comme une grâce accordée à l'homme.

Nous profitons de quelques arbres pour pique-niquer.

Dernière étape avant les portes du désert.

Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)
Escapade Marocaine (1/4)

Nous décidons de passer la nuit à Aït Ben Haddou, 30 km avant Ouarzazate.

Initialement, c'est un petit village regroupant des Berbères, des nomades et des Juifs. Ajourd'hui, une cinquantaine de familles (l'unité de mesure de la densité de population) vivent de l'autre côté du fleuve/ruisseau/lit de rivière asséchée. Elles vivent du tourisme, mais surtout de la production de films (Lawrence d'Arabie, Gladiator, Prince of Persia etc..). Les réalisateurs tirent profit des rénovations continuelles de ce village classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Jour 1 - Aït Ben Haddou

Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Aït Ben Haddou - village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Jour 3: "Ouarzazate ou mourir"...

 

Nous avons passé une nuit tranquille à la "Kasbah Valentine". Ce riad était un petit hôtel familial de 7 ou 8 chambres tenu par un homme assez taciturne - enfin, tout est relatif.... Nous étions les deux seuls pensionnaires, car juin, trop chaud, est au milieu de la basse saison. Lors des mois de printemps et d'automne, les rues d'Aït Ben Haddou sont aussi remplies que celles du Mont St Michel, paraît-il.

Le petit déjeuner traditionnel nous a été servi sur la terrasse ensoleillée qui semblait loin de tout.
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La "Kasbah valentine"La "Kasbah valentine"
La "Kasbah valentine"
La "Kasbah valentine"La "Kasbah valentine"

La "Kasbah valentine"

Le tapis mythique

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Intriguée par notre hôte Zaïd, j'ai tenté plusieurs fois, la veille, de lui poser des questions, tandis que Nico se reposait du voyage.

Zaïd est allé à "l'école de la vie". C'est là où, comme le jeune homme qui nous a fait visiter le village, il a appris à parler couramment Français, ainsi qu'un peu d'Anglais et d'Allemand. Zaïd emploie deux femmes dans son riad. Elles font la cuisine et le ménage, mais ne peuvent pas rester avec les clients - même les clientes. Mais Zaïd demande aux visiteurs de leur donner directement une partie du pourboire.

Dans le hall de sa Kasbah, Zaïd vend des produits locaux à base d'huile d'argan: les coopératives "féminines 100% bio" bourgeonnent depuis quelques années au bord de la route vers Ouarzazate, au milieu des marchands de souvenirs inutiles, insolites, chers, répliqués à l'infini, et dont on vient à se demander où se trouve l'inscription "Made in Taiwan".

Après une demi-heure passée seule dans la salle à manger, plongée dans ma lecture et ma correspondance, Zaïd me rejoint et m'explique qu'il a rénové sa Kasbah et l'a ouverte il y a trois ans. Auparavant, il était "démonstrateur de tapis dans une coopérative locale quand des visiteurs arrivaient". C'est pour cela qu'il y a autant de tapis dans son riad, sans doute. Il me promet de me montrer. Il explique pourquoi on voit autant d'hommes qui sont assis au bord de leur maison ou sur le chemin:

"Ils prennent le temps d'être avec leurs amis, avec ceux qu'ils aiment. Ils prennent le temps de vivre. C'est pas pareil que chez vous, ici!
- et les femmes, on ne les voit pas...
- non elles sont à la maison, elles s'occupent du foyer, de la cuisine, de l'argent qu'il restera à l'homme qui ira faire les courses quand il fera moins chaud. Mais elles sortent parfois. Elles vont dans les champs. Elles sont entre elles et pour elles c'est aussi un moment de partage!"

Soit... Nous avons vu, à 14h, des femmes parfois très âgées marcher au bord des routes ou dans les champs, courbées sous le poids des charges d'orge qu'elles portent sur leurs épaules. Quand les mules sont sans doute trop chères.

Zaïd explique aussi la prière:

"C'est mieux de la faire à la mosquée quand même, la prière, parce que comme ça on gagne plus de points.
- Plus de points pour quoi?
- Plus de points pour aprè
s. C'est mieux, tu vois.
- Ah, d'accord, je crois que je comprends à peu près"...

Face à mon insistance, Zaïd nous a invités à boire le thé, le soir. Mais le vent soufflait trop fort sur Aït Ben Haddou, et puis le thé à 21h, je suis désolée mais....non merci... Demain par contre j'aimerais bien voir la coopérative...

Avant notre départ, et suite à ma seconde demande, Zaïd nous emmène à cette coopérative: il avait l'air content de nous faire entrer dans une petite maison au bord de la route principale du village. Dehors, quelques tapis prenaient le soleil sur un petit mur qui entourait la  bâtisse. A l'intérieur, une femme était agenouillée devant son métier à tisser. Un arc en ciel de pelotes de laine colorées avec des produits naturels (safran, thé vert, indigo...) était disposé en hauteur, au dessus du métier à tisser, comme un support pour l'inspiration. Dans la pièce attenante, sur des bancs le long des murs, des piles de tapis. Pas des tapis emballés comme dans les souks: des piles de tapis "de mariage", des tapis "de cadeaux", ou simplement des tapis d'ornement. Toutes les tailles. Toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

Zaïd étale devant nous d'abord des tapis de mariage. Orange pour la sincérité, ou bleu pour la liberté. Des tapis jaunes ou rouges aussi.

"Les tapis de mariage sont confectionnés par la future mariée. Elle l'offrira à son époux lors du mariage. Elle y exprime par des symboles la vie à laquelle elle aspire. La croix au centre de ce tapis bleu représente la Kasbah, le foyer, le centre de la vie. Les quadrillages, c'est parce qu'elle aime le désert. Les deux 'S' imbriqués indiquent son désir d'une union solide. A l'intérieur de la croix, les oiseaux figurent le nombre d'enfants qu'elle veut. Là elle en voudrait trois.
- Mais pourquoi il y a un oiseau plus petit?
- non là c'est juste parce qu'il restait de la place.
- ah bon...
- Et après, quand les enfants sont grands, quand la plus grande partie de la vie est derrière, si les temps sont durs et que l'argent vient à manquer, les femmes viennent vendre leur tapis.
- Oh ben c'est triste!
- non c'était aussi fait pour ça. Là ce sont d'autres tapis, plus petits..."

Zaïd continue à déplier d'autres exemplaires, plus ou moins usés. Je demande combien vaut le tapis bleu dont nous avons eu le déchiffrement le moins approximatif.

" Tu vas l'acheter directement à la femme qui tisse (il s'adresse à elle en berbère, puis à moi:). 800 Dirhams, elle dit. Mais c'est avant négociation. Là tu dois baisser le prix (Zaïd est bien le premier Marocain à m'expliquer cela! Je le trouvai touchant d'originalité et de sincérité - enfin sur le moment)
- 500 Dirhams, répliqué-je"

Etc... Je m'en sors finalement pour 625 Dirhams. C'était bien la première fois que les prix étaient systématiquement diminués de la moitié de la différence entre les deux annonces sans dix mille palabres. Je dois avouer que cela a un peu terni mon sens du négoce. Après réflexion, je me suis demandée quelle pouvait bien être la valeur réelle (dérisoire?) de ce tapis.

Puis, à la seconde réflexion, c'est mon sens de l'organisation qui s'est trouvé offusqué: Nico a dû mettre le tapis dans son sac à dos.

Peu importe après tout. Peut-être que ça aidera une famille berbère. Et puis c'est un beau souvenir. J'ai choisi de faire confiance à Zaïd, et à la tisseuse.

Elle fut la seule femme à qui nous avons adressé d'autres mots que "Salam", ou "Choukrane"...

Escapade Marocaine (1/4)

Puis nous nous sommes dirigés vers Ouarzazate.

Nous avons fait quelques courses et visité la Kasbah Taourirt (une kasbah désigne une citadelle, et par extension, le coeur historique d'une ville d'Afrique du Nord).

Escapade Marocaine (1/4)
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Avant de regagner l'effervescence marrakchie. Cette fois, nous avons eu un peu moins de chance: notre auberge "les Couleurs de l'Orient" était chère, roots, moyennement propre et pas calme du tout. Petit déjeuner très léger, salle de bain rudimentaire. Elle est tenue par des Français qui emploient des Marocains - et encaissent les thunes...

Ce soir-là, nous avons mangé "à la frontale".

 

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À propos

Carnet d'une post-doctorante